Interview de Franck Vidal de IDVI Conseil: Les enjeux du conseil et de l’accompagnement des entreprises du voyage

Franck, pouvez-vous nous raconter comment votre parcours – notamment la création de la Cité du Chocolat Valrhona – vous a amené à fonder IDVI Conseil et à vous spécialiser dans le conseil et l’accompagnement des entreprises du voyage et du tourisme de savoir-faire ?

Pendant plus de vingt ans, j'ai exercé chez Valrhona, où j'ai progressivement évolué jusqu'à diriger le service marketing pendant une dizaine d'années. Cette période m'a permis d'acquérir une solide expérience en stratégie de marque, marketing, innovation et développement de projets.
J'ai ensuite imaginé et piloté la création de la Cité du Chocolat Valrhona, avec la conviction qu'un savoir-faire pouvait devenir une véritable expérience touristique. Pendant huit ans, j'en ai assuré le développement et la direction, ce qui m'a permis de mesurer l'impact que le tourisme de savoir-faire peut avoir, à la fois pour les entreprises, les visiteurs et les territoires.
Fort de cette expérience, j'ai créé IDVI Conseil afin d'accompagner d'autres entreprises dans la valorisation touristique de leurs savoir-faire. Aujourd'hui, j'aide des entreprises à imaginer des expériences de visite authentiques, créatrices de valeur économique, culturelle et territoriale. Pour moi, le tourisme de savoir-faire est bien plus qu'une activité touristique : c'est un formidable levier de transmission, d'attractivité et de développement.

Quand une PME touristique ou une entreprise de savoir-faire vous sollicite, quels sont concrètement, selon vous, les principaux enjeux auxquels elle fait face (modèle économique, expérience visiteur, durabilité, RH…), et comment un accompagnement structuré peut changer la trajectoire de son projet de visite d’entreprise ?

Les entreprises qui me sollicitent ont généralement deux préoccupations majeures. La première est un enjeu de communication : elles souhaitent mieux faire connaître leur savoir-faire, raconter leur histoire et renforcer leur image de marque. La seconde est un enjeu économique : elles attendent que la visite génère de la valeur, que ce soit par la vente de billets, lorsqu'elle est payante, ou, plus souvent, par le développement du chiffre d'affaires de leur boutique.

Mon rôle est de transformer ces objectifs en un projet cohérent et viable. Lorsque l'entreprise dispose déjà d'un parcours de visite, je l'analyse pour identifier les points forts et les axes d'amélioration. Si tout est à construire, je l'accompagne dans la conception d'une expérience de visite qui mette réellement en valeur son savoir-faire tout en répondant aux attentes des visiteurs.

Je peux aussi intervenir sur la dimension économique du projet. Une visite d'entreprise représente un investissement ; il est donc essentiel d'en évaluer le modèle économique, d'anticiper les retombées sur la billetterie, la boutique et, plus largement, sur la notoriété de l'entreprise. L'objectif est que la visite ne soit pas seulement une vitrine, mais un véritable levier de développement, au service de la marque comme de sa performance économique.

À partir de vos missions en Auvergne-Rhône-Alpes et de votre label régional, quels freins spécifiques observez-vous chez les dirigeants d’entreprises du voyage lorsqu’il s’agit d’investir dans le tourisme de savoir-faire, et comment les aidez-vous à lever ces freins, notamment sur les volets financement et retour sur investissement ?

J'accompagne principalement deux types d'entreprises. Les premières disposent déjà d'un parcours de visite. Elles connaissent les attentes des visiteurs et sont convaincues de l'intérêt du tourisme de savoir-faire. Le principal défi n'est donc pas financier, mais plutôt celui du renouvellement : accepter de remettre en question un parcours existant pour proposer une expérience plus actuelle, plus immersive et plus performante.

Les secondes sont des entreprises qui n'ont encore jamais ouvert leurs portes au public. Pour elles, le premier frein est souvent financier. Elles découvrent l'ampleur de l'investissement nécessaire pour créer une véritable expérience de visite et s'interrogent naturellement sur sa rentabilité. C'est là que mon accompagnement prend tout son sens.

Je les aide à construire un projet réaliste, à définir un modèle économique crédible, à identifier les dispositifs de financement mobilisables (notamment via la Région Auvergne Rhône Alpes) et à évaluer le retour sur investissement. Mais j'insiste également sur un point essentiel : la réussite d'un parcours de visite ne se mesure pas uniquement au chiffre d'affaires généré par la billetterie ou la boutique. Elle se mesure aussi à l'impact sur l'image de marque, la fidélisation des clients, l'attractivité de l'entreprise, sa capacité à recruter et, plus largement, à son rayonnement sur le territoire. C'est cette vision globale qui permet de prendre les bonnes décisions d'investissement.

En tant que créateur d’un site emblématique comme la Cité du Chocolat et aujourd’hui consultant, pouvez-vous détailler un ou deux leviers très opérationnels (conception d’offres, storytelling, parcours de visite, formation des équipes…) où le conseil externe fait vraiment la différence dans la qualité de l’expérience proposée aux visiteurs ?

L'une des principales valeurs ajoutées d'un regard extérieur est d'aider l'entreprise à penser l'expérience visiteur dans sa globalité. Trop souvent, on réduit le tourisme de savoir-faire au seul parcours de visite. En réalité, l'expérience commence bien avant que le visiteur franchisse la porte de l'entreprise.

J'accompagne donc mes clients à concevoir un véritable parcours client, depuis la communication qui donne envie de venir, le site internet et la réservation en ligne, jusqu'à l'accueil sur place, le déroulement de la visite, puis l'expérience en boutique. Chaque étape doit être cohérente et contribuer à raconter la même histoire.

L'autre levier essentiel est l'agencement de la boutique de sortie. Celle-ci ne doit pas être perçue comme un simple espace de vente, mais comme le prolongement naturel de la visite. Lorsqu'un visiteur a vécu une expérience forte, il est beaucoup plus enclin à prolonger cette émotion par un achat. C'est cette cohérence d'ensemble qui transforme une simple visite d'entreprise en une expérience mémorable et créatrice de valeur, aussi bien pour le visiteur que pour l'entreprise.

Vous êtes également fortement engagé sur le tourisme durable, notamment via ATD et les Rencontres du Tourisme Durable de la Drôme : en quoi cette dimension change-t-elle la manière de conseiller et d’accompagner les entreprises du voyage, et comment éviter que le « durable » ne reste un simple discours marketing dans les projets que vous suivez ?

Le tourisme de savoir-faire est, par nature, une forme de tourisme souvent plus durable. Il s'adresse en grande partie à une clientèle de proximité, qui découvre des entreprises situées près de son domicile ou dans sa région (qui utilisera donc moins de transports). Il favorise également les circuits courts, la découverte des productions locales et une meilleure connaissance des territoires.

Mon engagement au sein d'ATD répond à cette même conviction : le développement touristique doit être pensé de manière plus responsable, en conciliant les attentes des visiteurs, les besoins des entreprises et le respect des territoires.

Concrètement, lorsque j'accompagne une entreprise, j'intègre cette dimension dans ma réflexion, non pas comme un argument marketing, mais comme un principe de conception. Cela peut concerner la mise en valeur des ressources locales, la sensibilisation du public aux principes du tourisme durable, ou encore la création d'expériences qui privilégient la qualité plutôt que la surfréquentation.

Pour moi, le tourisme durable ne se résume pas à un discours. Il doit se traduire par des choix concrets au quotidien qui créent de la valeur à la fois pour l'entreprise, pour les visiteurs et pour le territoire qui les accueille.

Si l’on se projette à 5 ou 10 ans, comment imaginez-vous l’évolution des besoins d’accompagnement des entreprises du voyage et du tourisme de savoir-faire (digitalisation de la visite, montée en gamme des expériences, exigences environnementales, nouvelles attentes des voyageurs…) et comment IDVI Conseil se prépare-t-il à ces mutations ?

Je suis convaincu que les consommateurs auront de plus en plus besoin de comprendre ce qu'ils achètent, ce qu'ils consomment et qui sont les femmes et les hommes derrière les produits. Cette quête de sens, d'authenticité et de transparence va continuer à favoriser le développement du tourisme de savoir-faire. Les entreprises qui accepteront d'ouvrir leurs portes et de partager leur histoire disposeront d'un véritable avantage concurrentiel.

Je suis également convaincu que l'avenir du tourisme passera nécessairement par un tourisme plus durable. Les enjeux environnementaux, mais aussi les nouvelles attentes des visiteurs, imposent de concevoir des expériences plus responsables, plus locales et plus respectueuses des territoires. À mes yeux, ce n'est plus une option, c'est une évolution inévitable.

À titre personnel, d'ici cinq ans, j'aurai sans doute transmis mon activité de conseil. En revanche, je serai pleinement investi dans un projet qui me tient particulièrement à cœur : L'Aventure Gastronomique. Ce parcours immersif consacré aux savoir-faire gastronomiques de la Drôme et de l'Ardèche illustre précisément ma vision de l'avenir : proposer des expériences culturelles, immersives et durables qui donnent envie de découvrir un territoire à travers celles et ceux qui le font vivre.

C'est, à mes yeux, l'une des plus belles évolutions possibles du tourisme de savoir-faire : passer de la simple visite d'entreprise à une véritable expérience de découverte, d'émotion et de transmission.

Pour conclure, quel conseil ou message aimeriez-vous adresser aux chefs d’entreprise, artisans ou acteurs touristiques qui hésitent encore à se faire accompagner pour structurer une offre de visite ou de tourisme de savoir-faire ?

Aucun entrepreneur, aucun consultant n'a la science infuse. En revanche, l'expérience permet souvent d'éviter des erreurs, de gagner du temps et de prendre de meilleures décisions.

Mon conseil aux dirigeants qui hésitent à se lancer est de ne pas rester seuls face à leur projet. Un regard extérieur permet de prendre du recul, de challenger certaines idées, d'identifier des opportunités que l'on ne voit plus lorsqu'on est plongé dans son quotidien et de construire un projet plus solide.

Qu'il s'agisse d'un spécialiste du tourisme de savoir-faire, d'un scénographe ou d'un autre expert, un accompagnement est avant tout un investissement. Il permet de concevoir une expérience de visite plus cohérente, plus attractive et plus performante, tout en évitant des erreurs qui peuvent coûter bien plus cher que le conseil lui-même.

Pour en savoir plus : https://idvi.fr

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